Billets d'humeur

L’école de la République

16 novembre 2015
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C’est la troisième Guerre Mondiale, Maman ?

C’est l’une des questions que m’a posée ma fille de CE2 ce week-end, avec un regard rempli d’émotion. La claque.

Les enfants, les adultes, n’ont pas eu le temps de panser les plaies de janvier. Il faut donc de nouveau écouter les remarques effarées de nos enfants… mais en version XXL. A chaque épisode vécu en cette triste année, les enfants sont comme nous. Ils encaissent. Mais la violence de ce qu’ils affrontent est décuplée. Parce que ce sont des enfants. Parce qu’ils ne peuvent mettre en place le moindre filtre pour tenter de se protéger des chocs et de la douleur.

Aujourd’hui, nous en sommes là en tant que parents.
Répondre à des questions sur la Guerre.
Jouer le rôle de filtre et de protection.
Tenter de trouver quelques réponses adaptées aux enfants.
Tenter d’accompagner – sans accentuer – l’onde de choc.
Tenter de limiter l’accès aux images (à l’heure de l’hyper information… bonjour le défi).

Et mentir aussi. Un peu. En expliquant que les méchants ne sont pas parvenus à laisser durablement de la peur dans notre cœur. Même si cette peur est compréhensible. L’idée n’est pas forcément de ne pas avoir peur, mais de ne pas céder.
En réalité, vendredi, à une autre heure, j’aurais pu perdre mon mari, qui, comme bien des personnes, est passé dans Paris plusieurs fois par les lieux du drame. J’en tremble encore. Mais j’ai tenu à jouer la Maman rassurante. Cette information-là, mes enfants n’ont pas à la connaître.
Évidemment, je refuse d’organiser ma vie autour de la peur. Je vais cependant mettre quelque temps à oublier que j’aurais pu être veuve vendredi.

Cela dit, je me sens tellement étrangement chanceuse. Le hasard a épargné mes proches. Mais je me sens si choquée.
Et tellement solidaire des familles touchées par l’horreur.

———

Je pense aux familles endeuillées ou choquées. Je pense aux survivants. Je pense aux témoins.
Je pense aux forces de l’ordre, aux sauveteurs, aux médecins, aux aide-soignants
Je pense à cet élan de solidarité : les portes ouvertes dans Paris, les personnes qui ont souhaité donner leur sang…
Je pense à cet élan mondial, à ces beaux messages envoyés à la France.
Je pense enfin à nos Valeurs, à notre joie de vivre si lâchement attaquées.
Je pense à la jeunesse française. Je pense à nos enfants.

———

Ce week-end, comme nombre de parents, mon mari avons beaucoup parlé à nos choupidous. Le plus posément possible. D’abord à notre façon, avec des mots simples. Et puis à l’aide du Petit Quotidien et d’Astrapi, qui avaient préparé des dossiers soignés. Nous étions particulièrement émus. Touchés. Mais nous avons pris soin de nous présenter comme des figures rassurantes. On ne pouvait pas faire beaucoup plus.

Nous avons tenu à envoyer à nos enfants un message d’unité, de lien avec les autres, d’Amour. L’Amour, l’élan de Vie. L’Amour là où les terroristes nous proposent la mort, le néant la barbarie.

Nous avons parlé de la devise de la France. Encore.
Liberté, Égalité, Fraternité. Elle est belle notre devise, n’est-ce pas ?
On y a passé de temps. C’est quoi, pour nous, la Liberté ? Quelles sont nos Valeurs, celles qui nous relient aux autres français ? … Quelles sont les valeurs qui font lien entre les personnes qui se respectent, dans différents pays ?

Nous avons aussi parlé de la devise de Paris, « Fluctuat nec mergitur ». Parce que les images sont parfois des béquilles sur lesquelles s’appuyer.

Nous n’avons pas voulu nous rendre à Paris, comme en janvier, lors de la grande manifestation. Tout simplement parce que nous estimions que les forces de l’ordre avaient autre chose à faire que de veiller sur de nouveaux rassemblements.

———

Et aujourd’hui. Et cette semaine… Et la vie qui reprend son cours…
Aujourd’hui, ma Choupette et mon Petit Loup sont à l’école. Avec des idées en tête particulières ; elles doivent toutes s’entrechoquer.

Aujourd’hui, mes enfants retrouvent leurs amis. De toute origine, de toutes les couleurs.
Leurs amis « et puis c’est tout », comme mes enfants le disent si bien avec leurs jolis mots.

La vie reprend ses droits en ce lundi 16 novembre.
La vie continue dans un lieu qui nous tient tous particulièrement à cœur : l’École de la République. Quel beau symbole.

Cette journée est très particulière, tant pour les élèves que pour les professeurs.
Une minute de silence à introduire, des mots à mettre sur ces évènements. Ces discussions sont tellement importantes…

———

Je sais déjà que les enseignants ont accueilli nos enfants avec toute la bienveillance nécessaire. J’aime l’idée qu’ils les accompagnent désormais. Qu’ils les prennent sous leur aile. Et qu’ils les ramènent doucement vers le cours habituel de la vie des écoliers.

Une vie où les filles et les garçons ont le même accès à l’éducation,
Une vie où les filles et les garçons vivent posément ensemble.
Une vie ouverte sur la Culture, sur le Monde,
Une vie avec des Livres, de la Musique et des Chansons,
Une vie avec du Sport, des Billes et des Ballons,
Une vie avec les premiers émois du Cœur… dans la cour de récréation.

———

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  • mamandoudouce 16 novembre 2015 at 15 h 08 min

    • Nathalie 16 novembre 2015 at 15 h 09 min

      Tout plein de ♥ aussi… J’espère que tu vas bien.

  • Sarah, Les Jolis Mondes 16 novembre 2015 at 15 h 08 min

    Ma mère est professeur des écoles. Je l’appellerai bientôt pour savoir comment s’est passée sa journée, comme je le fais de temps en temps, mais aujourd’hui je sais que, comme en janvier dernier, il y avait beaucoup de choses en jeu. Entamer le dialogue avec les enfants, les rassurer sans les infantiliser… Les parents et les enseignants ont un rôle bien difficile à jouer en ces sombres heures. J’espère que, discussion après discussion, à l’école comme à la maison, l’amour et la tolérance triompheront.

    • Nathalie 16 novembre 2015 at 15 h 18 min

      Quelle belle réponse. Je suis de tout cœur avec ta Maman.
      Tu sais, ma fille me disait récemment qu’elle réfléchissait à certains métiers comme professeur ou médecin. Je crois que, si elle avait eu 30 ans aujourd’hui… elle en aurait eu, des montagnes d’enjeu à affronter, depuis quelques jours. Allez… On respire et l’on continue son chemin.
      J’en t’embrasse, Sarah.

  • Marie mon-nid 16 novembre 2015 at 15 h 54 min

    Ici, ils y ont passé la matinée. Les maîtresses de CM2 et CE2 avaient amené Astrapi. En CM2, ils avaient également le petit quotidien et le journal pour enfants d’Arte. Ils ont décortiqué et expliqué. Ecrit une phrase et fait un dessin. Et puis une minute de prière, avec l’ensemble de l’école, à la fin de la récréation. C’est bien. Tout le monde est groguis, mais on prépare la France de demain. Bisous à toi.

    • Nathalie 16 novembre 2015 at 16 h 55 min

      Quel travail ce matin, partout dans les écoles…
      Oui, la France de demain est à protéger. On est tous groguis mais on avance.
      Mes enfants m’ont dit ce soir qu’il y a eu une grande ronde réconfortante pendant la minute de silence. C’est touchant. Les professeurs ont accompagné les enfants avec beaucoup de douceur et d’attention. Ce soir, mon fils est rentré à la fois en me parlant de cette journée particulière… et a mélangé le tout avec une histoire de recette de gâteau dont il a entendu parler dans la suite de la journée. Le tourbillon de la vie…

  • Ton Doux Mari 16 novembre 2015 at 17 h 48 min

    Que le monde est difficile pour les enfants…
    Qu’il est dur de leur expliquer qu’il y a des fous qui tuent au hasard, mais qu’il faut continuer à aimer les autres, sans toutefois tomber dans la naïveté…
    Qu’il est dur de leur expliquer ce qui s’est passé, pour qu’ils comprennent la réalité du monde, mais sans non plus les inquiéter outre mesure et leur enlever leur fraicheur d’enfant…
    Mais qu’il est facile de leur dire combien la vie est belle… car ce sont eux, les sources de vie et de bonne humeur !

    Franchement, quand on voit un enfant rire, a-t-on vraiment envie d’aller commettre un massacre ? Alors pourquoi ces barbares s’en sont-ils pris à la jeunesse de Paris? Savent-ils ce qu’est la vie ?

    • Nathalie 16 novembre 2015 at 18 h 19 min

      ♥ ♥ ♥
      ♥ ♥

  • Manal 17 novembre 2015 at 11 h 28 min

    Je pense fort aux parents et aux enseignants qui ont dû affronter doublement ce drame. D’abord, encaisser eux-mêmes l’horreur absolue de ce qui s’est passé, puis trouver les mots et la force nécessaires pour rassurer leurs enfants et leur expliquer ce qui ne s’explique pas…
    Ton article est tellement juste et plein d’espoir Nathalie, que je ne trouve pas d’autres mots pour y réagir.
    Prends soin de toi et de ta petite famille, c’est dans des moments pareils qu’on se rend compte de la chance que nous avons de pouvoir continuer à vivre et à nous battre pour une cause aussi belle et noble que celle de la liberté…
    Je t’embrasse également,
    Manal