Billets d'humeur

Marcher ensemble : liberté, égalité, fraternité

12 janvier 2015
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Dimanche j’ai marché. Dimanche, nous avons marché. Ensemble. Que c’était bon, apaisant, réconfortant.

Qu’elle était belle cette marche républicaine. Cette marche en harmonie, sans heurts.

Nous parlions ou nous nous taisions selon les moments. Nous nous tenions la main, aussi. Nous avions besoin d’un peu de baume à l’âme.

Dimanche, nous étions près de 4 millions. A l’unisson. Les jeunes, les anciens. Même un vieil homme avec sa canne. Frêle et si fort à la fois. C’était une auberge espagnole. C’était notre pays dans toute sa beauté. Toutes couleurs de peau, toutes religions, tendances politiques mélangées.

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Il y avait ces policiers avec qui les gens discutaient paisiblement avant la marche.
Il y avait des juifs, des musulmans, des catholiques, des protestants, il y avait tous ces gens qui mélangeaient sans le dire leur religion car ils ne l’affichaient pas, il y avait des athées et des agnostiques, il y avait des Franc-Maçons…
Il y avait moi, frileuse que je suis avec mon écharpe et mon bonnet parce que, tout de même, c’est bien de défiler avec un peu de chaleur autour du corps. Mais ce bonnet et cette écharpe ne venaient que compléter la chaleur humaine qui était palpable Place de la république, Boulevard Voltaire… et bien ailleurs aussi.
Il y avait cette gentillesse entre personnes qui ne se connaissaient pas.
Il y avait ces visages éclairés, ces sourires pour mettre autant de lumière que possible dans la rue.
Il y avait le magnifique poème d’Eluard, Liberté.
Il y avait ce nom, Charlie.
Il y avait ce ballon blanc que nous avons longtemps suivi et que nous trouvions beau, sur lequel étaient inscrits ces mots :

Je Suis Charlie, Flic, Juif. Je Suis la République.

Il y avait toutes ces pancartes avec les devises de la France.

On y lisait liberté, égalité, fraternité,

On y lisait solidarité. On y lisait du sens, de la vie, du Vivre ensemble.

 

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Il y a eu les nombreux applaudissements, cette façon de recréer du lien, cette façon de nous serrer les coudes.

Et puis il y a eu ces chants de la Marseillaise. Peut-être parce que cette chanson était connue de tous. Peut-être parce qu’on n’a pas encore fait mieux (« sang impur »… comment dire ? J’ai mal en entendant ces mots). Il y avait ces différentes façons de la chanter cette Marseillaise et notamment ces moments si particuliers où elle fut chantée en douceur.

Les grands mouvements de foule me font souvent peur. Pourtant, quelle foule digne. Quelle foule sobre. Quelle foule patiente. Hier, en définitive, je ne voyais plus une foule mais une somme de familles, dans leur diversité, mais dans leur unité, aussi.

J’ai eu l’impression de RESPIRER. Respirer enfin. De reprendre une bouffée d’air après avoir eu la sensation que la vie se figeait.

Nous étions un peuple. Nous étions la France. Il y avait Paris, certes, mais aussi ces milliers de personnes dans toutes les villes de notre pays.
Tant de peuples étaient avec nous ce jour-là en marchant, eux aussi, pour la liberté et la fraternité. Qu’ils en soient remerciés, tout autour du Monde.

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Je sais que cette marche républicaine a un côté angélique. Je sais qu’il y a ou qu’il y aura des récupérations.
D’autre part, pendant que nous tentons de panser nos plaies, l’ignominie continue. Je pense par exemple au Nigéria, à ces femmes, ces hommes, ces enfants qui viennent d’être atrocement attaqués.

Je me réveille ce matin en me disant « Et après ? »

Bien évidemment, je n’oublie pas que dans les hommes et femmes politiques qui se sont déplacés (merci à eux), certains avaient un culot incroyable de se mêler à ce moment d’union.
Je n’oublie pas non plus que nous ne marchions pas tous pour les mêmes raisons.
Je n’oublie certainement pas le fait que Charlie Hebdo luttait contre les symboles et que cette marche était un symbole à elle seule ; cela dit, il s’agissait aussi de refuser d’être dans l’immobilisme et de laisser le silence s’installer. Car après le silence, il y a le néant.

Mais, à défaut de pouvoir être dans un monde parfait, nous faisons avec les moyens du bord.
Et, franchement, les moyens du bord, hier, étaient magnifiques.

Aujourd’hui je parle à chaud. Mon propos n’est sans doute pas assez abouti. Mais il me semble que, dans certains cas, il est bon de s’exprimer. S’exprimer pour ne pas laisser de terribles voix parler à notre place.

Il est temps de se mettre au travail, chacun à notre niveau.
Il est temps de réfléchir à ce que nous avons fait, pas fait, laissé faire, pour que nous en soyions là aujourd’hui.
Il est temps de mieux aider les écoles à installer les valeurs citoyennes et républicaines au sein dess classes.

Rien ne se fera en un jour. ce qui évitera d’ailleurs une précipitation qui serait dommageable au travail de fond. Aujourd’hui plus que jamais pèse sur nos épaules la responsabilité de ce que sera demain.

Juifs de France, je vous en prie, restez. Vous êtes chez vous. Comme toutes les confessions. Comme tous ceux qui croient ou non en un Dieu.

Demain, en France ou dans le Monde, il y aura certainement encore de la noirceur, du terrorisme, du fanatisme. Les problèmes sont là. Je sais que cette union de quelques journées est fragile. Mais nous avons un socle commun de tolérance pour avancer. A nous de le chérir et de savoir le faire grandir.

Dimanche, la France la montré qu’elle est DEBOUT.
Restons debout, résistons et aimons-nous. Très fort.

Ah oui, un dernier mot. Pour ceux et celles qui étaient à la marche par procuration. Ceux et celles qui ne pouvaient pas aller à cette marche pour de multiples raisons que je comprends tout à fait. Avec nous, il y avait les voix de ceux qui auraient aimé être dans les rues.

Je remercie tout particulièrement A. et M. d’avoir gardé mes enfants et les petits cousins de mes choupinets. Un grand merci. Sans vous, nous n’aurions pu faire le déplacement place de la République. Vous nous avez aidé à marcher. Vous étiez dans notre poche et dans notre cœur.

Nathalie

 

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  • jonalys precious 12 janvier 2015 at 14 h 44 min

    Coucou Nathalie !
    Merci pour ce superbe texte ( ainsi que le précédent ) . Je n’ai pas grand chose à ajouter si ce n’est que je suis complètement d’accord… Je n’ai moi-même pas pu me rendre au rassemblement de Marseille pour cause d’état très grippal mais depuis mardi, je suis restée scotchée à ma TV complètement abasourdie par tous ces évènements et j’ai été extrêmement émue par le rassemblement à Paris retransmis en direct. Cela semblait complètement irréel … Et pourtant que n’a-t-il fallu qu’il arrive pour le faire ? J’aurais vraiment aimé vivre cette marche historique Mais comme tu le dis si bien, maintenant l’important, c’est que va-t-il se passer ? Que va apporter cette marche concrètemment contre le terrorisme ? J’espère de tout coeur que cela va réveiller les politiques à trouver et appliquer les ( bonnes ) solutions … Bsx et belle semaine !

    • Nathalie 12 janvier 2015 at 14 h 57 min

      Il y avait quelque chose d’irréel, c’est vrai. C’était tellement marquant.
      Et maintenant, en effet, le croisement des chemins est là. Où allons-nous ? Quelle est la suite ?
      En attendant, j’espère que tu commences à aller un peu mieux et que cette grippe va partir le plus vite possible. Bises et bonne semaine à toi aussi !

  • Marie mon-nid 12 janvier 2015 at 14 h 47 min

    J’avais un Blini trop petit, un Bouchon pas tellement plus grand, un Hérisson malade… et une Coquillette.
    Alors j’ai vécu la marche à la maison, en mandatant mon Homme et tous ceux de ma famille qui y étaient. J’étais, je pense, dans la poche de plusieurs personnes que je remercie de m’avoir laissé m’installer là. Et tout en étant dans la poche des marcheurs, j’ai allumé une bougie à la maison, à 15h, pour manifester mon soutien, toute seule. Et c’est devant ma télé, avec ma bougie, que j’ai participé.
    Malgré tout, et malgré le fait que je ne pouvais PAS y aller, j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose: un moment historique et le baume au coeur de la communion avec tous ces hommes debout…

    • Nathalie 12 janvier 2015 at 15 h 04 min

      Je te comprends, j’imagine bien ce que tu veux dire. Mais tu as pris sur toi, tu as d’abord pensé aux autres, en dépit de la marche où tu voulais tant te trouver. Ne reste pas triste. Je vois que tu as écrit un beau texte sur l’espoir. J’espère que le fait d’écrire a pu, d’une certaine façon, t’aider à remonter. Bien des bises !

  • mamandoudouce 12 janvier 2015 at 15 h 35 min

    Très beau billet, merci à toi!!!

    • Nathalie 12 janvier 2015 at 18 h 47 min

      Juste un point de vue sur la journée de dimanche… Merci beaucoup !

  • une Bordelaise à Paris 12 janvier 2015 at 16 h 57 min

    Tu décris tout à fait ce que j’ai ressenti hier en attendant puis en marchant avec tous ces gens. C’était un très beau moment auquel je suis très fière d’avoir participé. Et émue aussi.
    Bon début de semaine,
    Virginie

    • Nathalie 12 janvier 2015 at 18 h 48 min

      C’était inoubliable. J’espère maintenant que cet élan ne s’essoufflera pas.
      Bon début de semaine à toi aussi !

  • Kaeru 13 janvier 2015 at 12 h 29 min

    Un bel article, intelligent et plein d’espoir 🙂 Pour lutter contre la peur, une seule arme : l’intelligence, l’éducation, le partage. Notre humanité est vaste et bigarrée, riche de ses différences. La réponse de dimanche avec de la solidarité et du rire donne de l’espoir. Bien évidement, tout n’est pas réglé, nous devons être vigilent. Mais j’ai l’impression que nous somme sur la bonne route !

    • Nathalie 13 janvier 2015 at 21 h 26 min

      Une très jolie réponse, merci…
      J’espère aussi que nous allons vers quelque chose de meilleur, même si nous sommes tous conscients que tout ne se fera pas en un jour.
      Bonne soirée !

  • ta3mam 13 janvier 2015 at 16 h 22 min

    Très joli texte, merci Nathalie 🙂

    • Nathalie 13 janvier 2015 at 21 h 28 min

      Merci ! (J’espère que tout va bien pour toi, en ce début d’année… en mettant de côté une seconde les derniers évènements.)